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 no 9 septembre 1997 


Et demain les écoles ?

G. Séquaris, Préfet Honoraire (Athénée royal de Gembloux)

Il n'y a pas si longtemps, presque tout le monde était d'accord, dans un certain flou artistique sans doute, sur les définitions de termes comme "culture" ou "formation générale".

Pourtant, le plus souvent, dans leur emploi très général, ces termes étaient des éléments typiques d'une langue de bois qui permettait à ceux qui l'employaient de contourner certains problèmes et de s'en tirer par une pirouette ou l'énoncé d'un paradoxe de bon ou de mauvais goût.

Nous avons tous assez souvent entendu parler d'une "culture" qui était "ce qui demeure quand tout a été oublié" ou de la formation de "l'Honnête homme" qui lorgnait vers le XVIIe siècle. Mais la plupart des lecteurs ou des auditeurs restaient sur leur faim et ne trouvaient pas dans ces définitions une réponse à leur interrogation.

Ainsi, encore maintenant, l'expression "formation des jeunes" apparaît-elle comme un fourre-tout qui abrite les conceptions et les idéologies les plus diverses.

Pourtant ne serait-il pas temps, et même urgent, de renoncer à ces vains exercices de style, d'aborder cet important problème d'une manière plus pragmatique et de circonscrire les vraies questions que pose cette épineuse nécessité de préparer l'entrée de l'adolescent dans les vies sociale et professionnelle.

Dans ce domaine il va de soi, me semble-t-il, qu'il faut envisager deux volets bien distincts ais qui s'interpénètrent forcément.

Il faut, d'une part, que les jeunes reçoivent une formation du caractère et de la personnalité qui préparera leur nécessaire socialisation et il faut, d'autre part, qu'ils soient en possession des outils qui leur permettront de pénétrer le monde professionnel et,surtout, de s'y main-tenir.

Les entreprises d'aujourd'hui, et même les meilleures, sont parfois momentanément déboussolées par l'avènement en cascade des toutes nouvelles technologies dont elles doivent se doter pour ne pas demeurer à la traîne. Les fonctions du personnel sont fréquemment modifiées pour que l'entreprise puisse s'adapter et survivre.

L'actuel paradoxe du monde du travail est que le personnel, pour être engagé, doit avoir acquis une spécialisation fort pointue et que, à souvent très bref délai, sa compétence et ses connaissances doivent évoluer pour qu'il puisse continuer à faire face aux exigences nouvelles qui lui permettront de conserver son emploi.

La spécialisation pointue du départ devient rapidement obsolète et requiert une orientation nouvelle et parfois très différente.

C'est donc la course aux "nouvelles instructions" qui devront impérieusement être acquises et maîtrisées. Il y va le plus souvent de la survie de l'entreprise et, donc, du maintien de l'emploi.

Il apparaît dès lors clairement que l'école, quels que soient son niveau et sa qualité, ne peut plus assurer la transmission des connaissances garanties pour une efficacité de longue durée.

En refusant d'admettre et de reconnaître les nouvelles conditions du monde du travail, elle risque à bref délai de dispenser une "belle culture générale" qui ne pourrait plus combler que les rentiers et, plus malheureusement, les chômeurs.

Il serait donc indispensable que les instituts d'enseignement, même les plus spécialisés, annoncent la couleur et préviennent leurs étudiants qu'ils ne peuvent leur apporter qu'une initiation de départ très générale et qui laisserait le plus de portes ouvertes.

Il faut que le jeune sache que s'il veut survivre, il va devoir rester un éternel étudiant du début de sa carrière professionnelle jusqu'à la fin de celle-ci.

Dans les meilleurs cas, pour faire face à cette situation, il sera peut-être épaulé par une entreprise éclairée qui aura compris tout le profit qu'elle pourra retirer de cette aide qu'elle aura accordée.

Dans les pires cas, ce sera le bureau de chômage ou la pension prématurée, pour autant que la société puisse encore faire face aux obligations résultant de cet état permanent de secours social.

Il est donc impératif et incontournable que notre école change radicalement de conception et d'orientation et que ses structures, ses méthodes et ses programmes soient modifiés, sous peine de "tourner à vide". Le temps des réformettes me semble dépassé.

Nos décideurs, qui continuent le plus souvent à prôner "un enseignement élitiste de qualité" et qui se retournent avec attendrissement et nostalgie vers le passé et la brillante formation qu'ils ont reçue, prennent des responsabilités dont ils ne mesurent peut-être pas toujours la portée.

Ils risquent de conduire toute une génération à la faillite. Et ces gens, ces travailleurs inutilisés et même inutilisables ne seront pas toujours des résignés. A bon droit, ils demanderont des comptes.

Evidemment, on peut toujours alléguer que tout cela est fort complexe, qu'il y a des choses plus urgentes et que, finalement, "après nous, les mouches !"

 

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