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Lettres d'Information
La formation des bibliothécaires-documentalistes, aujourd'hui
R. Simon-Saint-Hubert, Directrice (Institut d'Enseignement supérieur social des Sciences de l'Information et de la Documentation)
Il parait évident qu'il y a longtemps qu'il
devrait exister un équilibre étroit entre une
formation professionnelle et le ou les emplois
pour lesquels cette dernière permet de
postuler.
Le problème majeur auquel se trouve confronté
une école qui forme des
bibliothécaires-documentalistes est, nous
semble-t-il, aujourd'hui, la difficulté
d'obteiir une concordance suffisante entre ces
deux réalités : le monde de la formation et le
monde de l'emploi.
En effet, se pose le problème suivant:
enseigner quoi et pourquoi afin de concilier
les exigences du présent et celles d'un futur
proche et lointain dans le cadre qui nous
occupe : celui de professionnel des sciences
de l'information.
Pour résoudre ce problèmes il est important de
répondre à une question fondamentale : quelles
sont les fonctions essentielles de la
documentation, donc du documentaliste ?
La réponse peut être trouvée dans la
définition du terme "documentation" donnée en
1934 par Paul OTLET : "Les buts de la
documentation organisée consistent à pouvoir
offrir sur tout ordre de fait et de
connaissance, des informations documentées
universelles quant à leur objet ;
sûres et vraies ;
complètes ;
rapides ;
à jour ;
faciles à obtenir ;
réunies d'avance et prêtes à être communiquées ;
mise à la disposition du plus grand nombre".
Les termes de cette définition, d'une
étonnante actualité, peuvent être facilement
traduits en objectifs de formation.
Toujours en terme de formation, il convient
d'ajouter que les formations de
bibliothécaires-documentalistes gradués se
trouvent confrontées, en cette fin du XXe
siècle, à de nouveaux phénomènes de société :
l'explosion de l'information, ou, plus
précisément, l'explosion de la quantité
d'informations et l'implosion du temps grâce
aux ordinateurs travaillant au miliardième de
seconde et aux satellites de
télécommunication.
La conjonction de ces deux phénomènes a
conduit à l'apparition de flux d'information
très élevés qui doivent être gérés par des
professionnels de plus en plus compétents.
Aujourd'hui, les activités exercées par ces
professionnels de l'information présentent une
remarquable diversité. Outre les travaux
classiques bibliothéconomiques, ces activités
peuvent être, à titre d'exemples :
effectuer des recherches manuelles et
informatisées de documents dans tout service
de documentation quel qu'il soit ;
implanter des logiciels de gesfion ;
d'infbrmation pour informatiser une
bibliothèque, un musée, un centre
d'information, etc. ;
évaluer, planifier, vendre et mettre en place
des réseaux de communicadon d'information ;
produire des systèmes d'information
multimédias ;
mettre en place la polifique budgétaire et la
politique d'acquisition qui en découle, d'un
centre de documentation, etc.
Si nous voulons former ce de professionnels
performants, nous devons articuler la
formation autour de quatre objectifs généraux
essentiels :
Rendre nos étudiants conscients que la
documentation a une fonction de communication
: communication intellectuelle d'informations
ponctuelles, de synthèses, de références, mais
aussi, aspect psycho-sociologique de la
communication, à savoir, l'accueil et l'écoute
de l'utilisateur de l'information.
Rendre nos étudiants aptes à exercer une
fonction d'évaluation : évaluafion de la
pertinence des documents, du point de vue
scientifique, évaluadon de leurs rapports avec
les besoins actuels des utilisateurs,
évaluadon de leur valeur intrinsèque au moment
du tri des collections.
Rendre nos étudiants capables de se servir des
nouvelles technologies : technologies au
service de l'homme, lui permettant un accès
plus large et plus immédiat aux savoirs,
technologies accompagnées d'une réflexion
suffisante pour permettre leur intégradon au
processus de conununicadon humaine.
Rendre nos étudiants sensibles au fait que la
recherche, la conservation et la diffusion de
l'informafion répondent à un besoin social de
toute société, condition essentielle de sa
survie.
En conclusion, il nous semble qu'il est tout à
fait primordial de balayer l'image
poussiéreuse, semblable à celle de l'archive,
du métier de bibliothécaire-documentaliste
gradué. Cela relève à la fois de la conception
des programmes, de la responsabilité des
formateurs et du profil des futurs
professionnels de l'information dont les
qualités essentielles doivent être,
aujourd'hui encore plus qu'hier : la rigueur,
la curiosité et l'imagination.
Eléments bibliographiques
BLANQUET M.F. [1990]. Emploi, formation
professionnelle et profession: réflexion sur
une dimension temporelle. Communication aux
7èmes journées d'études de l'AIESI - Tunis
14/18 mai 1990.
LE COADIC Y.F. [1994]. La science de
l'information. Paris, PUF, 127 p.
OTLET P. [1987]. Profession : documentaliste.
Pladoyer pour un métier. Ressources Temps Réel
36.
OTLET P. [1989]. Traité de documentation. Le
livre sur le livre. Théorie et pratique.
Liège, CLPCF, XVII, 431 p.