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 no 5 octobre 1994 


La formation des bibliothécaires-documentalistes, aujourd'hui

R. Simon-Saint-Hubert, Directrice (Institut d'Enseignement supérieur social des Sciences de l'Information et de la Documentation)

Il parait évident qu'il y a longtemps qu'il devrait exister un équilibre étroit entre une formation professionnelle et le ou les emplois pour lesquels cette dernière permet de postuler.

Le problème majeur auquel se trouve confronté une école qui forme des bibliothécaires-documentalistes est, nous semble-t-il, aujourd'hui, la difficulté d'obteiir une concordance suffisante entre ces deux réalités : le monde de la formation et le monde de l'emploi.

En effet, se pose le problème suivant: enseigner quoi et pourquoi afin de concilier les exigences du présent et celles d'un futur proche et lointain dans le cadre qui nous occupe : celui de professionnel des sciences de l'information.

Pour résoudre ce problèmes il est important de répondre à une question fondamentale : quelles sont les fonctions essentielles de la documentation, donc du documentaliste ?

La réponse peut être trouvée dans la définition du terme "documentation" donnée en 1934 par Paul OTLET : "Les buts de la documentation organisée consistent à pouvoir offrir sur tout ordre de fait et de connaissance, des informations documentées

universelles quant à leur objet ; sûres et vraies ; complètes ; rapides ; à jour ; faciles à obtenir ; réunies d'avance et prêtes à être communiquées ; mise à la disposition du plus grand nombre".

Les termes de cette définition, d'une étonnante actualité, peuvent être facilement traduits en objectifs de formation.

Toujours en terme de formation, il convient d'ajouter que les formations de bibliothécaires-documentalistes gradués se trouvent confrontées, en cette fin du XXe siècle, à de nouveaux phénomènes de société : l'explosion de l'information, ou, plus précisément, l'explosion de la quantité d'informations et l'implosion du temps grâce aux ordinateurs travaillant au miliardième de seconde et aux satellites de télécommunication.

La conjonction de ces deux phénomènes a conduit à l'apparition de flux d'information très élevés qui doivent être gérés par des professionnels de plus en plus compétents.

Aujourd'hui, les activités exercées par ces professionnels de l'information présentent une remarquable diversité. Outre les travaux classiques bibliothéconomiques, ces activités peuvent être, à titre d'exemples :

effectuer des recherches manuelles et informatisées de documents dans tout service de documentation quel qu'il soit ; implanter des logiciels de gesfion ; d'infbrmation pour informatiser une bibliothèque, un musée, un centre d'information, etc. ; évaluer, planifier, vendre et mettre en place des réseaux de communicadon d'information ; produire des systèmes d'information multimédias ; mettre en place la polifique budgétaire et la politique d'acquisition qui en découle, d'un centre de documentation, etc.

Si nous voulons former ce de professionnels performants, nous devons articuler la formation autour de quatre objectifs généraux essentiels :

Rendre nos étudiants conscients que la documentation a une fonction de communication : communication intellectuelle d'informations ponctuelles, de synthèses, de références, mais aussi, aspect psycho-sociologique de la communication, à savoir, l'accueil et l'écoute de l'utilisateur de l'information.

Rendre nos étudiants aptes à exercer une fonction d'évaluation : évaluafion de la pertinence des documents, du point de vue scientifique, évaluadon de leurs rapports avec les besoins actuels des utilisateurs, évaluadon de leur valeur intrinsèque au moment du tri des collections.

Rendre nos étudiants capables de se servir des nouvelles technologies : technologies au service de l'homme, lui permettant un accès plus large et plus immédiat aux savoirs, technologies accompagnées d'une réflexion suffisante pour permettre leur intégradon au processus de conununicadon humaine.

Rendre nos étudiants sensibles au fait que la recherche, la conservation et la diffusion de l'informafion répondent à un besoin social de toute société, condition essentielle de sa survie.

En conclusion, il nous semble qu'il est tout à fait primordial de balayer l'image poussiéreuse, semblable à celle de l'archive, du métier de bibliothécaire-documentaliste gradué. Cela relève à la fois de la conception des programmes, de la responsabilité des formateurs et du profil des futurs professionnels de l'information dont les qualités essentielles doivent être, aujourd'hui encore plus qu'hier : la rigueur, la curiosité et l'imagination.

Eléments bibliographiques

BLANQUET M.F. [1990]. Emploi, formation professionnelle et profession: réflexion sur une dimension temporelle. Communication aux 7èmes journées d'études de l'AIESI - Tunis 14/18 mai 1990.

LE COADIC Y.F. [1994]. La science de l'information. Paris, PUF, 127 p.

OTLET P. [1987]. Profession : documentaliste. Pladoyer pour un métier. Ressources Temps Réel 36.

OTLET P. [1989]. Traité de documentation. Le livre sur le livre. Théorie et pratique. Liège, CLPCF, XVII, 431 p.

 

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